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Le parfum est-il dangereux ?

Le parfum est-il dangereux ?

Par: Kurt Commentaires: 0

Si vous êtes passionné de parfums, vous avez peut-être déjà vu passer sur les réseaux sociaux des « experts » autoproclamés qui cherchent à vous faire peur avec les dangers du parfum, avec des affirmations comme « Le parfum est un perturbateur endocrinien », « Ne vaporisez jamais de parfum sur votre cou, cela endommage votre thyroïde », ou encore « Choisissez des parfums naturels, ils sont plus sûrs ». Des affirmations catégoriques, mais dans quelle mesure sont-elles réellement étayées ?

Nous avons plongé dans la littérature scientifique, la législation européenne et les normes internationales de sécurité afin de vous donner une réponse honnête. Pas de discours marketing, pas de sensationnalisme. Simplement les faits. Et comme il s’agit d’un sujet sensible et sérieux, cet article est plus long et plus sérieux que d’habitude. Nous indiquons également les sources sur lesquelles nous nous sommes basés. Si vous constatez malgré tout une lacune, n’hésitez surtout pas à nous le signaler. Il est très important pour nous de vous fournir des informations correctes.

Ce qu’il faut savoir avant tout


Ce sont les ingrédients qui comptent, pas le parfum en lui-même

Pour commencer, affirmer que « le parfum est dangereux » est de toute façon une généralisation excessive. Chaque parfum est composé de parfois plus d’une centaine d’ingrédients différents, et chaque composition est différente. Dire que le parfum est dangereux reviendrait donc à dire que chaque composition, quels que soient les ingrédients utilisés et la quantité de chacun d’entre eux, est dangereuse.
La question qui mérite en revanche d’être posée est la suivante : certaines substances utilisées dans les parfums peuvent-elles présenter des risques ?

Le parfum, ce n’est pas le « Far West »

Un parfumeur ne peut pas utiliser n’importe quel ingrédient dans une composition. Le parfum fait partie des catégories de produits les plus réglementées qui existent.

Dans l’UE, tout produit cosmétique, y compris le parfum, doit faire l’objet d’une évaluation obligatoire de sa sécurité avant de pouvoir être mis sur le marché [1]. Il existe également l’IFRA, l’organisation internationale qui représente l’industrie du parfum. L’IFRA établit des normes de sécurité basées sur les recherches du RIFM (Research Institute for Fragrance Materials), évaluées par un panel indépendant d’experts [2].

Une nuance s’impose ici : l’IFRA est un organisme d’autorégulation de l’industrie, et non une autorité publique. La garantie juridique vient du règlement européen sur les produits cosmétiques (CE) n° 1223/2009 [1]. Les deux systèmes fonctionnent comme une double couche de protection.

Tout est poison, rien n’est poison

Un principe fondamental est également important dans toute cette discussion. Il a été formulé par le médecin germano-suisse Paracelse, considéré comme l’un des fondateurs de la toxicologie moderne : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas poison. »

Il expliquait que pratiquement toute substance peut devenir nocive à une dose suffisamment élevée, tandis que même des substances connues pour être toxiques peuvent être inoffensives, voire thérapeutiques, en très petites quantités. Cela vaut pour l’oxygène, le café, l’eau et, de la même manière, pour toutes les substances présentes dans un parfum.

Prenons le café : quelques tasses par jour ne posent généralement aucun problème pour la plupart des gens, mais vingt tasses en une heure, et votre cœur risque de vous le faire savoir. Le même principe s’applique aux substances parfumantes. Une substance sûre dans le cadre d’un usage normal du parfum peut théoriquement devenir problématique à des doses qui sont totalement en dehors de toute situation d’utilisation réaliste.

C’est précisément pour cette raison que les autorités de sécurité ne se demandent pas seulement « cette substance est-elle sûre en elle-même ? », mais aussi « quelle quantité une personne utilisant normalement ce produit pourrait-elle absorber, en tenant compte du gel douche, de la lotion pour le corps, du déodorant et du parfum utilisés le même jour ? » [10]. C’est cette exposition cumulée à travers tous les produits utilisés quotidiennement qui permet de déterminer une dose maximale sûre pour chaque substance, une approche plus approfondie que d’évaluer chaque produit séparément.

Allergies : un phénomène connu et réglementé

Il est vrai que certains ingrédients utilisés dans les parfums peuvent provoquer des réactions allergiques chez certaines personnes. C’est le domaine pour lequel les données scientifiques sont les plus claires. C’est pourquoi ces ingrédients font l’objet de règles strictes et doivent également être mentionnés lorsqu’ils sont présents dans un parfum à une concentration supérieure à 0,001 % dans le produit fini.

L’annexe II du règlement européen n° 1223/2009 contient une liste de plus de 1 700 substances totalement interdites dans les cosmétiques, et cette liste est mise à jour régulièrement. Un nombre limité de ces substances a également été utilisé dans les parfums par le passé, comme le lilial et certains extraits naturels de mousse de chêne, mais ces substances sont désormais interdites.

L’annexe III du même règlement contient une liste de substances qui sont autorisées, mais qui doivent être mentionnées sur l’emballage parce qu’elles peuvent provoquer des réactions allergiques chez une partie de la population (estimée entre 1 et 9 %) [4]. La première directive de 2003 en recensait 26, et en 2023 cette liste a été étendue à 82 sur recommandation du SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety).

Attention : l’extension a été adoptée en 2023, mais elle n’est devenue obligatoire qu’à partir du 31 juillet 2026 pour les nouveaux produits mis sur le marché. Pour les produits qui étaient déjà commercialisés auparavant, l’ancienne liste plus courte peut encore figurer sur l’étiquette jusqu’au 31 juillet 2028.

L’IFRA a également fixé des limites de concentration pour ces substances dans son Code of Practice. Même s’il ne s’agit pas d’une loi européenne formelle, le respect des directives de l’IFRA est en pratique incontournable pour toute marque de parfum sérieuse.

Mythe à déconstruire immédiatement : « naturel » ne signifie pas « sans allergènes ». Les huiles essentielles et les extraits de plantes contiennent eux aussi des substances figurant sur la liste officielle des allergènes. Lavande, bergamote, géranium : tous naturels, et tous susceptibles de contenir des allergènes [3][4]. Non pas parce que la nature serait « dangereuse », mais parce qu’une allergie dépend de votre organisme, et non de l’origine d’une molécule.

Ce que cela signifie pour vous : si vous avez une sensibilité connue, qu’il s’agisse d’une substance parfumante synthétique ou d’une huile essentielle naturelle, il est recommandé de vérifier la liste des ingrédients.

Perturbateurs endocriniens : le sujet le plus discuté, mais souvent mal compris

C’est généralement ici que les choses se compliquent sur les réseaux sociaux. Est-il vrai que le parfum perturbe vos hormones ?

Ce que signifie scientifiquement « perturbateur endocrinien »

Pour être clair : « perturbateur hormonal » et « perturbateur endocrinien » désignent la même notion. « Endocrinien » est simplement le terme scientifique utilisé pour parler du système hormonal [5].

Les scientifiques font en revanche une distinction importante entre deux notions qui sont parfois confondues :

  • Actif sur le système endocrinien : une substance interagit avec votre système hormonal, sans provoquer de dommage démontré.
  • Perturbateur endocrinien : cette interaction provoque également un effet nocif démontré et durable.

Ce n’est que dans le second cas que la science parle d’un véritable perturbateur [5][6]. Même des substances tout à fait naturelles, comme les phytoestrogènes présents dans le soja, sont actives sur le système endocrinien sans être considérées pour autant comme dangereuses.

Certaines substances individuelles, notamment certains phtalates et muscs synthétiques, font depuis longtemps l’objet d’une surveillance scientifique et ont précisément pour cette raison déjà été restreintes ou interdites dans les compositions parfumées. Mais « certaines substances, dans certaines circonstances » est une réalité très différente de « le parfum perturbe vos hormones ». Cette dernière affirmation est une exagération qui n’est pas étayée par les données réglementaires : dans l’UE, toute substance soupçonnée de propriétés de perturbation endocrinienne fait l’objet d’une évaluation approfondie et, en cas de doute, peut être restreinte ou interdite avant même que le produit n’arrive sur les rayons [1][10].

Ce système est-il critiqué ? Oui, et nous prenons ces critiques au sérieux : certaines organisations d’intérêt général estiment que l’industrie fixe elle-même ses propres standards et que toutes les substances n’ont pas été étudiées dans le même niveau de détail [15]. C’est un point légitime du débat scientifique. Mais un débat en cours est différent d’un fait établi. C’est un peu comme les discussions autour des recommandations alimentaires : les connaissances scientifiques évoluent, les règles sont constamment renforcées, et « à l’étude » ne signifie pas « nocif prouvé ». Et encore une fois : même lorsqu’une substance est un perturbateur endocrinien, c’est la dose à laquelle vous y êtes exposé, à travers l’ensemble des produits que vous utilisez quotidiennement, qui fait la différence.

« Cela passe directement dans le sang »

Cette affirmation devient facilement virale, mais elle est imprécise.

Imaginez votre peau comme un filtre très fin. La plupart des substances présentes dans un parfum sont trop grosses ou chimiquement inadaptées pour traverser ce filtre : elles restent à la surface et s’évaporent en grande partie dans l’air. C’est d’ailleurs précisément ainsi que vous sentez un parfum : les molécules que votre nez détecte se sont déjà évaporées avant même d’avoir eu l’occasion de pénétrer dans votre peau [23].

Une petite partie de certaines substances est effectivement suffisamment petite pour traverser ce filtre. Ce n’est ni un secret ni un complot : c’est précisément pour cette raison que les scientifiques étudient séparément l’absorption cutanée de chaque substance parfumante [23]. Auparavant, les chercheurs en sécurité utilisaient une hypothèse extrêmement prudente, à savoir une absorption cutanée de 100 %. Des recherches plus récentes montrent que cette hypothèse surestime sérieusement l’absorption réelle pour la plupart des substances parfumantes, précisément parce qu’un parfum est conçu pour s’évaporer et non pour pénétrer dans la peau comme une lotion corporelle [23].

Il faut également distinguer le fait qu’un certain pourcentage d’une substance soit absorbé par la peau du fait que cette même quantité atteigne effectivement la circulation sanguine.

« Ne vaporisez jamais de parfum sur votre cou, cela endommage votre thyroïde »

Cette affirmation est également devenue virale sur Instagram et TikTok. Elle contient un élément de science réelle, mais sa conclusion ne tient pas sur le plan anatomique.

Ce qui est vrai : certaines substances parfumantes, notamment certains phtalates et muscs synthétiques, peuvent être absorbées par la peau. Les scientifiques étudient leur rôle potentiel en tant que perturbateurs endocriniens, notamment leurs effets éventuels sur les hormones thyroïdiennes. Il s’agit d’une recherche légitime et sérieuse [12].

Ce qui est faux : passer de « cette substance peut influencer le système hormonal » à « ne la vaporisez donc jamais sur votre cou car elle va directement dans votre thyroïde » est anatomiquement infondé. La thyroïde ne se trouve pas immédiatement sous la peau et ne constitue pas une surface directement exposée ou absorbante : elle est protégée par plusieurs couches de peau, de tissu sous-cutané, de fascia et de muscles du cou [21][22]. Les substances chimiques appliquées sur la peau ne se déplacent pas verticalement vers l’organe situé juste en dessous. Une partie peut être absorbée par la peau, et une partie de cette quantité peut ensuite rejoindre la circulation sanguine et se distribuer dans l’organisme, mais elle ne se dirige pas directement vers l’organe le plus proche. Un parfum vaporisé sur votre poignet n’influence pas davantage les vaisseaux sanguins de votre poignet qu’un parfum vaporisé sur votre cou n’influence directement votre thyroïde [21][22].

Le consensus scientifique est clair : il n’existe aucune preuve que le parfum appliqué sur le cou affecte directement la thyroïde en raison de sa proximité anatomique [21][22]. Les préoccupations scientifiques concernant le parfum et les hormones portent sur une exposition prolongée et cumulative à certaines substances, via l’ensemble des produits utilisés. Elles ne concernent pas l’endroit où vous appliquez votre parfum. Pour les personnes qui souhaitent prendre des précautions supplémentaires, par exemple en cas de problème thyroïdien existant, le mieux est de choisir des parfums sans phtalates ni autres substances connues pour leur activité endocrinienne, que le parfum soit vaporisé sur le cou, le poignet ou les vêtements.

Les substances spécifiques sous la loupe

Maintenant que nous avons clarifié le cadre général et les différents concepts, intéressons-nous aux groupes de substances qui reviennent régulièrement dans cette discussion. Pour chacune d’elles, la même remarque s’impose : le parfum est rarement la seule source d’exposition, et souvent pas la principale.

Phtalates

Les phtalates sont des composés synthétiques utilisés dans le monde entier comme plastifiants, stabilisants et conservateurs dans une immense variété de produits : revêtements de sol en vinyle, rideaux de douche, emballages alimentaires, jouets, dispositifs médicaux, vêtements synthétiques, shampooings, lotions corporelles, vernis à ongles, désodorisants, etc. [15]. Ils sont également présents dans l’alimentation elle-même et ont été retrouvés dans les produits laitiers, la viande, les légumes et la restauration rapide [15]. Dans les parfums, les phtalates peuvent être utilisés comme fixateurs et solvants : ils aident les substances parfumantes à rester plus longtemps sur la peau et les textiles [13][14].

Se concentrer uniquement sur le parfum comme source d’exposition aux phtalates revient donc à ignorer une partie importante du tableau. La question pertinente n’est pas tant « mon parfum contient-il des phtalates ? », mais plutôt « quelle est mon exposition quotidienne totale et comment puis-je la réduire de manière pertinente ? » C’est précisément le raisonnement utilisé par les autorités de sécurité elles-mêmes [10].

Pour les variantes les plus problématiques (DEHP, DBP, BBP et DIBP), les preuves scientifiques concernant les effets endocriniens sont les plus solides, et ces substances sont donc interdites comme ingrédients cosmétiques dans l’UE [1][14].

Le diethyl phthalate (DEP), la seule variante encore autorisée, a été évalué à plusieurs reprises par le comité scientifique européen SCCS et considéré comme sûr aux concentrations utilisées en pratique [5]. Cela ne constitue pas une garantie éternelle : les évaluations se poursuivent et les connaissances scientifiques évoluent.

Lorsque le DEP est utilisé dans un parfum, sa présence doit être mentionnée légalement. Parmi tous les parfums de l’offre de Smell Stories pour lesquels nous disposons actuellement de la liste des ingrédients, aucun ne mentionne le diethyl phthalate (ou DEP) comme ingrédient.

Parabènes

Les parabènes sont des conservateurs : ils empêchent la prolifération des bactéries et des champignons dans les formulations cosmétiques. Ils ne sont pas utilisés pour leur odeur, mais pour assurer la conservation du produit.

Dans les parfums à base d’alcool, les parabènes sont techniquement superflus, car l’alcool possède déjà une action antimicrobienne. On les retrouve donc rarement dans les parfums, mais plutôt dans les formulations aqueuses telles que les crèmes, les lotions et certains sprays corporels.

La science est ici nuancée : les parabènes peuvent agir de manière similaire à l’hormone œstrogène dans l’organisme. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement a identifié le propylparabène et le butylparabène comme perturbateurs endocriniens ou perturbateurs endocriniens potentiels [9]. L’UE a pris des mesures en conséquence : cinq variantes (benzylparabène, phénylparabène, pentylparabène, isobutylparabène et isopropylparabène) sont totalement interdites [1]. Pour le propylparabène et le butylparabène, la concentration autorisée a été réduite, et leur utilisation dans les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans dans la zone de la couche est interdite [1]. Le méthylparabène et l’éthylparabène sont considérés comme sûrs sur la base des données disponibles aux concentrations autorisées [1].

Si des parabènes sont utilisés dans un parfum, ils doivent figurer dans la liste des ingrédients. Dans les informations dont nous disposons actuellement, nous n’avons trouvé aucune mention de parabènes dans les parfums que nous proposons chez Smell Stories.

Muscs synthétiques

Le musc animal est totalement interdit dans l’UE depuis 1979. Dans la parfumerie moderne, le musc est donc synthétique. Il n’existe pas un seul musc synthétique, mais de nombreux types différents, ce qui rend le sujet plus complexe et plus nuancé.

On peut actuellement répartir les muscs synthétiques en 4 catégories :

  • Muscs nitrés : il s’agit du groupe le plus ancien, mais aussi du plus problématique, tant du point de vue de la toxicité et de l’activité endocrinienne que de la persistance dans l’environnement. Ils sont donc aujourd’hui largement interdits. Seule la muscétone (musk ketone) peut encore être utilisée en quantités minimales, mais en pratique, on la retrouve très rarement dans les parfums.

  • Muscs polycycliques : ils sont devenus populaires comme alternative aux anciens muscs nitrés. Ils sont peu coûteux, très substantifs et restent longtemps sur la peau et les textiles. Ils sont utilisés non seulement dans les parfums, mais également dans les lessives, les adoucissants et les désodorisants [12]. Les plus courants sont le galaxolide (HHCB) et le tonalide (AHTN).

    Le galaxolide fait actuellement l’objet d’une attention particulière, non seulement en tant qu’allergène (il doit donc être mentionné sur l’étiquette), mais aussi en raison de possibles effets toxiques sur la reproduction et surtout de sa persistance dans l’environnement. Il peut ainsi passer dans les eaux usées et se retrouver dans les organismes vivants.

    Au moment de la publication de cet article, l’utilisation du galaxolide dans les parfums est autorisée, mais la réglementation qui l’entoure évolue. L’agence française de sécurité sanitaire ANSES a proposé de classer le galaxolide comme toxique pour la reproduction (catégorie 1B) [11]. En mars 2026, le Comité d’évaluation des risques (RAC) de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a soutenu cette proposition et conclu que la substance devait effectivement recevoir cette classification [11][12]. Il appartient désormais à la Commission européenne de décider si elle intégrera cette nouvelle classification dans l’annexe VI du règlement CLP. Plusieurs étapes juridiques devront ensuite encore être franchies avant que nous sachions clairement si le galaxolide pourra continuer à être utilisé dans les cosmétiques, et donc dans les parfums.
  • Muscs macrocycliques : leur structure chimique est totalement différente de celle de leurs prédécesseurs, avec un profil toxicologique et environnemental plus favorable. Ils sont aujourd’hui très utilisés dans les parfums de qualité. On peut citer par exemple l’ambrettolide et l’éthylène brassylate. Ces types de muscs sont autorisés et aucun risque allergique connu ne leur est associé, ce qui signifie qu’ils ne doivent pas être mentionnés en tant qu’ingrédients spécifiques.

  • Muscs alicycliques : il s’agit des types de muscs les plus récents. Ils sont moins persistants et moins bioaccumulables et sont actuellement généralement acceptés et autorisés.

Il ne faut donc pas mettre tous les muscs dans le même panier. Pour ces substances, la question ne concerne pas uniquement les risques potentiels pour la santé, mais également leur éventuel impact sur l’environnement. Celle qui mérite actuellement le plus d’attention est le galaxolide. Vous souhaitez éviter le galaxolide comme ingrédient ? Vérifiez alors si l’hexaméthylindanopyrane (le nom chimique du galaxolide) figure dans la liste des ingrédients. Parmi tous les parfums que nous proposions à la date de publication de cet article, nous n’en avons trouvé que 8 mentionnant cet ingrédient. Tous les autres ne contiennent donc pas de muscs, ou contiennent d’autres types de muscs.

Filtres UV

Le benzophénone-3 (BP-3, également appelé oxybenzone) n’est pas une substance parfumante, mais il est utilisé dans certains parfums et cosmétiques comme stabilisateur de lumière, afin d’empêcher la formule de se dégrader sous l’effet de la lumière.

Après une évaluation de dix ans, l’ECHA a classé le BP-3 comme perturbateur endocrinien pour la santé humaine et pour l’environnement [8]. Le Danemark souhaite faire classer officiellement le BP-3 comme perturbateur endocrinien dans le cadre du règlement CLP de l’UE en 2026. Cela pourrait à l’avenir entraîner des adaptations obligatoires des formulations cosmétiques [8]. Le SCCS a déjà conclu que le BP-3 utilisé comme filtre UV dans les produits solaires appliqués sur le corps n’est pas sûr à l’ancienne concentration maximale de 6 %, mais qu’il est sûr dans les crèmes pour le visage et les rouges à lèvres [6]. Dans les autres produits cosmétiques, y compris les parfums lorsqu’il est utilisé comme stabilisateur de lumière, une concentration de 0,5 % est considérée comme sûre [6][7].

Comme il ne s’agit pas d’une substance parfumante, cet ingrédient doit obligatoirement être mentionné sur l’emballage. Chez Smell Stories, nous ne l’avons encore trouvé dans aucune des listes d’ingrédients des produits que nous proposons.

Ce que vous pouvez trouver sur l’étiquette

Vous savez que vous avez une allergie, ou vous souhaitez absolument éviter toute substance susceptible de présenter un risque en cas d’exposition excessive ? Vérifiez alors les ingrédients indiqués sur l’emballage. Selon le règlement européen sur les cosmétiques, chaque ingrédient utilisé dans un parfum doit être mentionné sur l’emballage sous son nom INCI. Il existe également une liste de 82 allergènes parfumants qui, lorsqu’ils sont utilisés dans une composition parfumée au-delà du seuil de 0,001 %, doivent être mentionnés séparément et individuellement.

Vous avez probablement déjà remarqué que presque tous les parfums mentionnent également « fragrance (parfum) » comme ingrédient. Il s’agit d’un terme générique que les marques de parfum peuvent utiliser pour les substances parfumantes présentes dans le parfum et qui ne figurent pas sur la liste des allergènes parfumants. Il s’agit d’une exception volontaire qui permet au parfumeur de protéger sa formule. Un parfum ne peut en effet pas être breveté ni protégé par le droit d’auteur.

En revanche, tous les allergènes parfumants utilisés, ainsi que tous les ingrédients qui ne sont pas des substances parfumantes, comme l’alcool, les conservateurs, les fixateurs, les filtres UV, les solvants, etc., doivent bien être mentionnés. Vous pouvez donc toujours vérifier les allergènes parfumants et, par exemple, regarder si des phtalates ou des parabènes sont utilisés ou non.

Chez Smell Stories, nous essayons de mentionner systématiquement la liste des ingrédients de chaque produit dans notre boutique en ligne. Nous ne disposons pas toujours de ces informations sous forme numérique, raison pour laquelle elles manquent encore pour certains produits. Nous faisons tout notre possible pour que les informations présentes sur notre site soient complètes et à jour. En cas de doute, n’hésitez pas à nous contacter.

Qualité de l’air intérieur : un risque rarement mentionné

Cet aspect est presque toujours absent des discussions sur les réseaux sociaux, alors que les données scientifiques sont relativement claires sur ce point.

Les substances parfumantes sont des composés organiques volatils (COV) : elles s’évaporent à température ambiante dans l’air environnant. Certains COV réagissent également avec l’ozone présent à l’intérieur et forment ainsi des polluants secondaires, notamment du formaldéhyde [17][18]. Une exposition répétée en intérieur peut provoquer des effets cutanés, respiratoires et systémiques, notamment des maux de tête, des crises d’asthme et une irritation des muqueuses [17][19].

Deux nuances sont ici essentielles :

  1. Dans des conditions extérieures normales, ou lors d’une utilisation occasionnelle dans des espaces correctement ventilés, les concentrations de substances parfumantes restent généralement largement inférieures aux seuils provoquant une irritation sensorielle [18].
  2. Les principaux risques sont liés à une utilisation cumulée dans des espaces intérieurs mal ventilés, et surtout aux produits qui émettent en permanence des substances parfumantes, comme les désodorisants et les bougies parfumées, et non à quelques vaporisations de parfum sur la peau [17][18].

Pour les personnes asthmatiques et celles qui travaillent dans une parfumerie, il s’agit donc d’un point d’attention. Une bonne ventilation est importante afin de limiter les éventuels maux de tête, irritations, difficultés respiratoires et exacerbations de l’asthme lors d’une exposition prolongée à des produits parfumés [19].

Groupes vulnérables : quand il est utile de prendre davantage de précautions

Jusqu’ici, nous avons pris comme référence l’adulte moyen en bonne santé. Mais la science fait une distinction claire pour certains groupes spécifiques.

Les femmes enceintes. Le fœtus en développement est particulièrement sensible aux substances actives sur le système endocrinien, car les hormones jouent un rôle essentiel dans le développement précoce des organes, du cerveau et du système reproducteur. De nombreuses femmes utilisent entre 12 et 16 produits de soins personnels par jour, ce qui peut entraîner une exposition quotidienne à plus de 160 substances chimiques. L’exposition cumulée à travers tous ces produits est précisément l’un des points auxquels les autorités sanitaires belges et européennes accordent également de l’importance [20].

Les jeunes enfants. Les 1 000 premiers jours de la vie, de la grossesse jusqu’à la deuxième année, constituent une période cruciale pour le développement physique et cérébral. Le SPF Santé publique belge a lancé en avril 2026 une campagne nationale de sensibilisation spécifiquement consacrée aux perturbateurs endocriniens chez les jeunes enfants [20]. Pour les enfants et les femmes enceintes, il est recommandé d’utiliser aussi peu que possible de produits parfumés.

Les personnes souffrant d’asthme, de BPCO ou d’hypersensibilité chimique. Pour ces personnes, les émissions de COV des produits parfumés constituent un point d’attention documenté [19]. La ventilation et une utilisation raisonnée des produits sont les mesures les plus pertinentes.

Le message n’est pas que « le parfum est dangereux pour tout le monde », mais que pour les groupes vulnérables, il peut être utile de faire des choix plus conscients, de réduire l’utilisation et de privilégier des formules dont la liste d’ingrédients est transparente.

 

Qu’est-ce que cela signifie pour vous, passionné de parfums curieux ?

Le parfum n’est pas une jungle sans réglementation, et les alarmistes ont parfois d’autres intentions « commerciales » que celle de vous informer correctement. Mais aucun parfum n’est non plus totalement dépourvu de risques pour chaque personne et dans chaque contexte. La vérité se situe, comme souvent, dans une zone plus nuancée.

Les principales conclusions en un coup d’œil :

  • Le problème n’est pas le « parfum », mais certaines substances. On sait que certaines substances peuvent présenter certains risques. Elles sont donc fortement réglementées et ne peuvent pas être utilisées du tout ou seulement en quantité limitée.
  • C’est l’exposition cumulée qui compte et que les autorités de sécurité évaluent, et non un seul produit pris isolément. Certaines substances sont présentes dans toutes sortes de produits que nous utilisons quotidiennement. Ne pointer que le parfum est donc trop facile et incorrect.
  • C’est la dose, et non la simple présence, qui détermine le risque. Tout, qu’il s’agisse d’eau, de café ou de parfum, peut devenir dangereux en cas d’utilisation excessive. Une utilisation normale ne pose en principe pas de problème.
  • « Actif sur le système endocrinien » ne signifie pas « perturbateur endocrinien ». Toute interaction avec le système hormonal n’est pas nécessairement nocive.
  • Pour les groupes vulnérables (femmes enceintes, jeunes enfants, personnes asthmatiques), une prudence supplémentaire peut être pertinente, quel que soit le produit concerné.
  • « Ne vaporisez jamais de parfum sur votre cou, cela endommage votre thyroïde » est une affirmation virale sans fondement anatomique. Si une substance est absorbée par la peau et pénètre ensuite davantage dans l’organisme, elle ne se dirige pas directement vers l’organe le plus proche : elle rejoint la circulation sanguine et se distribue dans l’organisme, quel que soit l’endroit où elle a été appliquée.
  • Regardez l’étiquette. Si vous avez des sensibilités connues ou souhaitez absolument éviter une substance particulière, sachez que tous les ingrédients utilisés dans un parfum, à l’exception des substances parfumantes qui ne sont pas des allergènes connus, doivent être mentionnés sur l’emballage.

Chez Smell Stories, nous choisissons de ne pas vous faire peur, tout en évitant de vous faire croire aveuglément que « tout est sûr puisque c’est autorisé ». Nous préférons vous donner les faits et des informations correctes, afin que vous puissiez décider vous-même quel parfum correspond à votre histoire.

La législation évolue et la science ne cesse de progresser. Cet article a été soigneusement rédigé en tenant compte des connaissances disponibles à la date de sa publication.

Sources

  1. EU Cosmeticaverordening (EG) 1223/2009, EUR-Lex
  2. IFRA (International Fragrance Association), ifrafragrance.org
  3. Verordening (EU) 2023/1545 (uitbreiding allergenenlijst), EUR-Lex
  4. SCCS-advies over geurallergenen (SCCS/1459/11, 2012)
  5. SCCS/SCCNFP-adviezen over DEP in cosmetica (2002, 2003)
  6. SCCS Opinion on Benzophenone-3 (SCCS/1625/20, 2021)
  7. Commissieverordening (EU) 2022/1176 over UV-filters
  8. ECHA-classificatie van benzophenon-3 als endocriene verstoorder (2025)
  9. WHO/UNEP-definitie van endocriene verstoorders, overgenomen door EFSA en de Europese Commissie
  10. ECHA en EFSA over endocrien actieve stoffen, echa.europa.eu en efsa.europa.eu
  11. ANSES-voorstel voor classificatie van galaxolide als reproductietoxisch (categorie 1B)
  12. MDPI Endocrines, "Synthetic Endocrine Disruptors in Fragranced Products" (2024)
  13. PMC/NCBI, "A review of European and international phthalates regulation" (Monti et al., 2022)
  14. ScienceDirect, "Regulatory framework of phthalates" (2025)
  15. EWG, "What are phthalates?" (2024)
  16. Environmental Science and Pollution Research International, ftalatenstudie in 47 merkparfums (2016)
  17. PubMed/PMC, "Do Synthetic Fragrances in Personal Care and Household Products Impact Indoor Air Quality and Pose Health Risks?" (2023)
  18. ScienceDirect, "Effects by inhalation of abundant fragrances in indoor air" (2017)
  19. American Lung Association, "Fragrances", lung.org
  20. FOD Volksgezondheid, nationale bewustmakingscampagne hormoonverstoorders bij kinderen (april 2026)
  21. Dubawa fact-check, "Applying perfume on your neck does not alter thyroid function" (januari 2026)
  22. FirstCheck, "Can spraying perfume on the neck damage the thyroid?" (maart 2026)
  23. Peer-reviewed onderzoek in Food and Chemical Toxicology en het tijdschrift van Cosmetics Europe's ADME Task Force

 


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